GENÈSE — DE LA VINAIGRETTE À LA SCULPTURE LIQUIDE

Comprendre la démarche de Mel Lesbats suppose de comprendre comment elle est née — non pas d'un programme intellectuel préalable, mais d'une coïncidence productive : la rencontre simultanée d'une lecture et d'un geste.

En lisant Les Grottes maniéristes en Italie au XVIe siècle de Philippe Morel vingt ans plus tôt — et notamment les passages consacrés aux jeux d'eau, à ces dispositifs hydrauliques conçus pour faire surgir la matière liquide dans un espace architectural, pour produire de l'émerveillement et du trouble — Mel Lesbats observe sa mère préparer une vinaigrette.

Le geste est domestique, archaïque, répété des milliers de fois. L'huile et le vinaigre se séparent dès qu'on cesse de fouetter. Ils ne veulent pas tenir ensemble. L'émulsion n'est pas un état stable : c'est un équilibre arraché, provisoire, entretenu par l'énergie du geste. La première fontaine à émulsion est réalisée en 2007.

De cette coïncidence naît l'idée centrale de sa démarche : le concept de sculpture liquide.

Ce moment de genèse dit quelque chose d'essentiel sur la méthode de Mel Lesbats. Elle ne part pas d'une idée abstraite qu'elle chercherait ensuite à matérialiser. Elle part d'un geste rencontré — domestique, vivant, physique — et d'une lecture qui lui donne instantanément un contexte historique et théorique. L'œuvre naît de l'espace entre les deux.

C'est aussi ce que Didi-Huberman nomme, dans L'Empreinte, : non pas le moule qui attend passivement d'être rempli, mais le moment du contact, de la pression, de la transformation mutuelle — quand la matière qui empreint et la matière qui est empreinte se modifie l'une l'autre. Ce que Mel Lesbats travaille, c'est précisément ce moment-là : l'empreinte en train de s'empreindre, avant que la forme soit fixée, avant que l'équilibre soit trouvé ou perdu.

Selected Works

Pahoehoephotographie
Apparitioninstallation artistique
Tension superficielleinstallation artistique
Maillageinstallation artistique