ARCHIVE LIQUIDE
La notion d'archive liquide émerge comme une façon de nommer ce que ces œuvres conservent et transmettent. S'appuyant sur Georges Didi-Huberman et sa réflexion sur l'empreinte — des formes qui présagent en elles la mémoire d'un contact passé et perdu —, on peut lire les sculptures et photographies de Mel Lesbats comme des archives d'un genre particulier.
Elles n'archivent pas des événements. Elles archivent des états de matière, des transitions, des moments où quelque chose a failli disparaître et a tenu. En ce sens, elles sont proches de ce que Serge Tisseron nomme les images de l'intime : des traces qui ne montrent pas ce qui s'est passé, mais ce que cela a fait à la matière, au corps, à la forme.
La série photographique Pāhoehoe — du nom de ces coulées de lave qui se solidifient en formant des surfaces lisses et tourmentées — cristallise cette dimension. Les images, tirées de macro-photographies de fluides en mouvement, font apparaître des paysages intérieurs : des géographies de la matière à l'échelle microscopique qui résonnent avec les paysages géologiques de La Réunion à l'échelle macroscopique. L'archive est ici double : archive de la matière travaillée, archive sensible d'un territoire.

Selected Works