Pāhoehoe : L'archive du flux
Dans la langue d'Hawaï, Pāhoehoe désigne une lave fluide qui, en se refroidissant, sculpte des nappes lisses et ondulées. C'est sous ce signe géologique que Mel Lesbats place sa série photographique, conçue alors que le Piton de la Fournaise, à La Réunion, rappelait par ses éruptions que le sol sous nos pieds est le résultat d'un écoulement figé.
La série Pāhoehoe ne documente pas les sculptures liquides de l'artiste : elle en déplace l'expérience. Ces images sont des « images-traces », des rémanences capturées au cœur de la matière en mouvement. Mel Lesbats isole des fragments de ses mélanges et de ses émulsions pour révéler des paysages intérieurs, des architectures instables et des microcosmes abstraits.
Ici, la photographie devient le support d'une question phénoménologique : que reste-t-il du contact quand le contact est terminé ?
En fixant ce qui, par nature, échappe — un instant de transition, une forme en devenir — l'artiste établit un parallèle troublant entre la matière artistique et la matière géologique. La roche est une mémoire de la lave ; la photographie est la mémoire du fluide. À travers ces prises de vue, l'imperceptible devient monumental, et la fragilité du mélange se transforme en une structure qui refuse l'effacement.
Pāhoehoe nous invite à observer le point de bascule où la forme cherche à tenir, entre écoulement et solidification, rappelant que toute stabilité n'est que le repos provisoire d'un flux antérieur.
Selected Works